Je ne veux pas les entendre pleurer

Avant que je ne découvre la communication apaisée, il y avait une chose que je ne supportais pas : entendre mes enfants pleurer. Ça me plaçait dans un état de stress intense. Pourquoi ? Je ne sais pas trop en fait. Peut-être parce que lorsque j’étais jeune, mon père nous interdisait de pleurer et si les larmes coulaient, alors les coups pleuvaient…

1. Les phrases assassines :

Quand mes enfants pleuraient j’avais des phrases types : “arrête de chouiner”, “tu n’es pas une fille”, “tais-toi”, “va dans ta chambre pleurer comme les filles”… Comme si c’était pécher que de pleurer… Quand j’y repense j’ai tellement honte, j’aimerais tant revenir en arrière et tout effacer mais je ne peux pas. C’est mon passé, c’est leur passé et je dois l’accepter, vivre avec et en faire ma force, pas une dépression. Dans mon changement, j’ai commencé par apprendre une nouvelle langue : la langue où l’on se tait et on écoute ! Et ça, c’était surhumain pour moi. Mais je me suis accrochée et je m’accroche encore. Et chaque fois que ma langue fourche ou s’agite plus vite que mon cerveau, je me remets en question, me pose, et je me dis “qu’aurais-je du faire ?”

Et puis surtout, à chaque fois que je les entends pleurer, je fais un effort sur mon cerveau pour ne pas transformer ces cris en stress mais en besoin. Je me répète : “il/elle a besoin de moi” ou “il/elle a besoin d’évacuer son trop plein d’émotions”. Vous savez à quel point la parentalité me tient à coeur, et surtout que je ne cherche pas à vous montrer le bon côté de la lune. Alors aujourd’hui je vais vous partager 3 événements. Deux d’entre eux sont plutôt positifs et un beaucoup moins 😉

 

2. Événement 1 : R. et ses habits à plier

Une règle a été votée à l’unanimité chez nous : celle de ranger avant d’avoir le droit de jouer aux jeux vidéos. La chambre de R. (8 ans) & R. (10 ans) était en désordre. R. (10 ans) a vite compris l’intérêt de ramasser ses affaires et de faire le tri des affaires sales et propres. Mais R. (8 ans) n’avait pas vraiment envie de plier ses affaires. Au lieu de m’énerver et d’exiger comme j’aurai pu le faire il y a deux-trois ans, je me suis contentée de lui rappeler la règle ainsi que sa conséquence. Et je l’ai laissé. Il s’est écroulé dans son lit et a pleuré toutes les larmes de son corps. Il y a quelques années, je lui aurais crié dessus et je lui aurais certainement dit : “arrête sinon je vais te donner une bonne raison de pleurer. Mais là j’avais compris qu’il avait besoin de vider son trop plein de frustrations. Il a ensuite erré dans la maison me signifiant qu’il n’avait rien à faire. Ce à quoi je me suis contentée de répondre “ah bon ? Il n’y a pas tes vêtements à plier ?”

R. (8 ans) a continué de tourner en rond jusqu’à l’heure fatidique ou il a compris que maman ne changerait pas d’avis et appliquerait rigoureusement la conséquence. Il s’est donc mis à plier ses affaires, plus vite que l’éclair et quinze minutes plus tard, est venu me voir. “Peux-tu me mettre le code maman s’il te plait, j’ai plié tous mes habits”. Ce que je fis sans mot, ni geste. Et lui de me dire avec le sourire : “je commence avec 16 minutes de retard”. Je l’ai regardé, j’ai souri et il est parti 🙂

 

3. Événement 2 : D. et sa honte

Mes fils ainés de 15 et 17 ans sont les seuls scolarisés. Ils ont chacun leurs clefs, mais n’ayant pas envie de les sortir pour ouvrir la porte, ils sonnent à chaque fois, ce qui a le don de m’énerver. Je les ai donc avertis que je n’ouvrirai plus la porte. Aujourd’hui comme à leur habitude ils ont sonné mais maman ne s’est pas levée. D. (4 ans) a voulu ouvrir à ses frères chéris. N’arrivant pas à appuyer sur le bouton de l’interphone, elle a descendu les escaliers (nous ne sommes qu’au premier) pour leur ouvrir la porte. Mais chemin faisant, elle s’est étalée sur son fessier. Son frère et son ami se sont esclaffés et elle est remontée très vexée sans leur ouvrir. Son petit corps tremblait sous ses sanglots et elle m’exprima la raison de sa tristesse : “A. et son copain ont rigolé sur moi quand je suis tombée, je ne vais plus leur ouvrir la porte, ce n’est pas rigolo, je suis triste”. Ah ! Ça paye bien le travail sur l’expression des émotions ! Je me suis contentée de lui faire un câlin et de l’écouter en ponctuant ses phrases de “ah, hmmm” et de “ça t’as rendue triste, tu n’aimes pas qu’on se moque de toi…”

A. (15 ans) a fini par rentrer et a vu sa sœur en larmes. Bizarrement ce grand dadet avec lequel je m’étais disputée la veille a fait preuve de bienveillance à l’égard de sa petite sœur. Il lui a dit : “excuse-moi D. je ne rigolerai plus sur toi, viens je te fais un câlin, arrête de pleurer”. J’ai assisté à cette scène sans un mot. D. s’est blottie dans les bras de son grand frère et lui a répété son précédent monologue. C’est alors que le miracle s’est produit et son frère a dit : “La prochaine fois je prendrai mes clefs, c’est mieux comme ça ?”

Et dire que ça fait des semaines que je leur demande !

 

4. Événement 3 : B. et ses jeux

Cet événement est un peu plus violent verbalement parlant. Âme sensible s’abstenir !

B. s’était bien activé aujourd’hui : entre le rangement et la préparation de ses crêpes, son repos était bien mérité ! Il attendait donc avec impatience le moment où il pourrait jouer à son jeu vidéo favori sur le P.C. Mais B. (12 ans) avait oublié le règlement et donc avait oublié de s’inscrire sur la feuille pour jouer à l’ordinateur. Quand son grand frère A.(15 ans) arriva pour s’inscrire, B. (12 ans) l’insulta en disant “A. la p…. veut pas se pousser, dit à cette c…. de dégager”. Et oui les insultes exhorbitantes étaient en plus formulées au féminin pour encore plus énerver son frère. La réponse ne se fit pas attendre et A. (15 ans) claqua ce dernier.

Je fus donc obligée d’intervenir cette fois-ci. Je ne pouvais pas restée spectatrice sous peine d’assister à un combat de boxe. J’ai pris une grande inspiration, j’ai rempli mon réservoir de bien-être (pourtant pas si bien rempli) et je suis venue les voir. J’ai écouté la version de chacun puis leur ai dit : “B. tu n’as pas à insulter ton frère, c’est interdit dans notre règlement, il y a d’autres manières d’exprimer ses sentiments et ses besoins. A. tu n’as pas le droit de lever la main sur ton frère. Je vous demanderai donc de vous écarter de l’ordinateur durant 15 minutes. Mais B. ne l’entendait pas de cette oreille. Les émotions le submergeaient, ses yeux étaient rouges de rage et de colère, et les larmes étaient freinées parce qu’on appelle la fierté. La colère se rejeta donc sur… Maman !

Des “je m’en fous” fusèrent, des “non, je reste” continuèrent et des “je voudrais qu’il soit mort” aussi. Je vous avais prévenues “Âmes sensibles s’abstenir”.  Là, c’était trop pour mes oreilles et je lui ai demandé de quitter le bureau pour se calmer. De mon côté, j’ai déposé plainte contre lui pour évacuer ma colère. (Lire l’article sur les plaintes). Je suis incapable de savoir si j’ai bien fait ou non. Il est parti en marmonnant et est revenu 15 minutes plus tard regarder ses frères jouer. Pour ma part je suis repartie travailler. Quand sa colère fut redescendue, un miracle se produisit. Un miracle, car cet enfant ne s’était jusqu’à lors pas très souvent excusé et surtout pas quand il était dans cet état. B. vint me voir dans ma chambre et me demanda pardon. C’est alors que je le saisis dans mes bras, lui disant que ses mots me touchaient énormément d’autant plus que j’avais conscience de ce que cela lui coûtait. Je lui rappelai que c’était une belle progression, un bel effort et qu’on était tous les deux sur la bonne voie. Il s’autorisa à pleurer modérément (Mme la fierté étant encore là). Il re-vida son sac de nouveau, de façon plus apaisée et je l’écoutai avec attention. Je lui rappelai que sa demande n’était pas légitime et que même si je comprenais que ce n’était agréable de partager le PC avec un frère de plus, ça n’en restait pas moins la règle et qu’il fallait la respecter. Les émotions passées, il retourna jouer comme si rien ne s’était jamais passé… Quant à mes plaintes, elles resteront et seront traité au prochain CICA (Conseil d’Investigation et des Conséquences des Actes)

 

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