L’orthographe commence au CP !

L’orthographe de la langue française pose problème pour diverses raisons. La langue française est affreusement compliquée avec toutes ses exceptions et ses incohérences. Reprenons un exemple cité dans la vidéo ci dessous : dix, dizaine, dixième. Dans le mot “dix”, le “x” se prononce [s] alors dans le mot dixième il se prononce [z]. Et enfin dizaine s’écrit avec un “z”. Que de contradictions !

Comprenez bien que ces difficultés linguistiques deviennent un véritable parcours du combattant quand l’enfant est dyslexique. Alors avant de parler de dictées, il est important de parler de certaines bases. Mais en guise de mise en bouche, je vous invite à regarder cette très riche vidéo de TEDx réalisée par deux enseignants de français.

Avant d'aborder l'orthographe

Avant de rechercher l’orthographe d’un mot, l’enfant doit être lecteur et avoir vu tous les sons complexes présents dans les mots que vous étudierez. Il est parfaitement inutile d’aborder l’écriture de mots en y ajoutant une difficulté supplémentaire. 

Mettez-vous dans la peau de vos enfants. Imaginez qu’on vous demande de tenir un discours en anglais alors que vous entamez tout juste votre première année d’étude de la langue. Vous allez avoir des sueurs froides à l’idée de vous retrouver devant un public devant lequel vous ne saurez quoi dire car vous ne maîtrisez pas l’anglais.

Rechercher l’orthographe du mot “champion” quand on ne sait ni orthographier le son [an] ni le son [on] place l’enfant dans la même position….

L’enfant doit se sentir concerné par les phrases qu’il écrit. Il a besoin de se sentir impliqué pour trouver l’envie d’apprendre. Produire des textes personnels augmente l’intérêt que l’on y porte. L’envie de le soigner, et donc de savoir écrire correctement les mots qui composent le texte, sera plus grande. L’important est donc de démarrer l’apprentissage de l’orthographe avec des mots que l’enfant utilise régulièrement. Ça favorisera la mémorisation car ça apportera du sens, du concret et un intérêt.

Écrire sans stylo

Si vous utilisez les lettres mobiles de la pédagogie Montessori alors vous pouvez commencer l’orthographe des mots avant l’écriture si l’enfant est volontaire. Ce matériel est disponible sur le site d’Ambiance Montessori pour 48,95 €. Cliquez sur l’image pour être redirigé vers la boutique en question. Une réduction de 5 % vous sera appliquée avec le code promo AMA2019.

Cet outil permet d’éviter la prise du stylo. On présente une image à l’enfant. puis on lui demande de l’écrire avec l’alphabet mobile. L’enfant vérifie ensuite son orthographe à l’aide d’un fichier contrôle de l’erreur ou en retournant la carte si elle est auto-corrective.

Vous pouvez aussi télécharger un document à imprimer et plastifier sur le site Boutique Document Montessori pour 2,50 €. L’alphabet mobile existe en écriture scripte ou cursive de différentes couleurs. Cliquez sur les images ci-dessous pour être redirigé vers celui de votre choix.

Si au contraire vous commencez l’apprentissage de l’orthographe via l’écriture, alors il est important que l’enfant maîtrise la graphie des lettres en amont. Ne cherchez pas à comparer votre enfant aux autres. Chaque enfant évolue à son rythme. Il se peut qu’il ait le déclic écriture vers 5 ans comme vers 7 ans. Laissez-le aller à son rythme. Quand la musculature de sa main sera prête, quand il aura compris comment ça fonctionne, il y arrivera sans problème. Pour avoir une écriture fluide sur du long terme il y a, à mon sens, quatre points essentiels :

  • La tenue du stylo avec les trois doigts.
  • Le mouvement de montée et descente du pouce et de l’index réunis.
  • Le mouvement latéral du bras glissant vers la droite dans le sens de l’écriture.
  • La position du bras et du coude sur le bureau.

J’ai suivi une formation de deux jours au geste de l’écriture selon Daniel Dumont. Mais je n’en reste pas moins une débutante sur le sujet. J’ai donc sollicité l’avis d’une professionnelle du geste de l’écriture.

Conseils d'une pro : les bons gestes pour mieux écrire

Écrire au stylo un mot dans la bonne orthographe implique aussi ne pas être en difficulté face au geste de l’écriture. Pour développer ce sujet, j’ai fait appel à une experte dans le domaine : une graphopédagogue partenaire du réseau 5E (Enseignement de l’Écriture pour Élèves, Étudiants et Enseignants créé en 2013). Elle est enseignante et rééducatrice en écriture. Voici les questions que j’ai posées à Halima El Mohamadi :

  • Quels sont les bons gestes à avoir pour entrer en écriture ?
  • Quels sont les signes alertant d’un problème et nécessitant une consultation ?

L'écriture est un art qui nécessite une certaine mise en place pour s'avérer probante. Il ne faut pas négliger l'appréhension du support, des outils et le positionnement de la main.Vous constaterez aisément l'importance de chacun de ces éléments essentiels à la bonne mise en route d'une graphie convenable et esthétique.

Halima El Mohamadi, graphopédagogue

► L'importance du support

Selon sa latéralité, le support devra être incliné d’un sens ou de l’autre. Le droitier l’inclinera d’environ 15° vers la gauche, tandis que le gaucher l’inclinera d’environ 30° vers la droite. Ceci assurera un confort optimal au scripteur.

► La bonne tenue du stylo

Le crayon nécessite une prise en main adéquate et précise. Posé sur la commissure pouce-index, il sera pincé entre le pouce et le majeur, plus précisément entre la base de l’ongle et la première articulation du majeur. Peu importe l’âge du scribe, la mine du crayon doit systématiquement dépasser les doigts, et la main doit se positionner sous la ligne d’écriture.

► La position des membres scripteurs

L’avant-bras, le poignet, la main et la mine du crayon, seront alignés sur un axe stable, et posés à plat sur la table. La main non scriptrice jouera le rôle de maintien du support, et ce, en dehors de la zone d’écriture.

Le cap de l'écriture peut parfois nécessiter l'intervention d'un graphopédagogue. Ce dernier corrigera les mauvaises manies, et assistera le scripteur dans l'acquisition des bons gestes et de la bonne tenue de l'outil graphique.Certains signes pourront vous alerter quant à l'utilité de le consulter.

Halima El Mohamadi, graphopédagogue.

► La douleur

Si votre enfant souffre d’une douleur légère ou intense, au niveau des doigts, du poignet, de l’avant-bras ou même des cervicales, il adopte certainement une mauvaise posture ou des gestes inhabiles. Une mise en relation rapide avec un professionnel peut s’avérer très utile pour pallier ses difficultés.

► Une écriture illisible

Si l’écriture de votre enfant s’avère indéchiffrable par un tiers, voire s’il ne parvient pas même à se relire lui-même, nous ne saurions trop vous conseiller une remédiation sans délai, pour éviter l’installation des mauvaises manipulations du crayon ou de mauvaises postures.

► Une vitesse d'écriture en décalage avec les exigences de l'école

Lorsqu’au sein de sa classe, l’élève se trouve avec un décalage important dans l’écriture face à ses autres camarades, ceci peut l’empêcher de suivre le rythme attendu par l’enseignante, le mettre en retard dans sa prise de note, et lui faire perdre l’estime de lui. Un entretien avec un ou une graphopédagogue peut alors s’avérer pertinent. Les enfants en IEF (Instruction En Famille), sans pression horaire et sans objet de comparaison, peuvent davantage s’étaler dans le temps quant à la réalisation de leur travaux scolaires. Une entrevue pourrait orienter l’élève en difficulté vers une cadence plus conforme aux exigences des examens ou des inspections pédagogiques éventuels. 

► Rôle de l'éducateur

L’éducateur devra globalement faire preuve d’attention pour détecter la moindre difficulté, et proposer des alternatives, en faisant appel à un professionnel qui saura l’orienter et remédier aux incommodités de l’élève. En effet, l’apprenant peut manifester une, deux, ou l’ensemble des problématiques abordées. Un seul symptôme peut indiquer la nécessité de consulter.

En étant attentif, à l’écoute et réactif, l’élève parviendra à solutionner ses problèmes et acquérir de bonnes bases dans la formation des lettres, et plus généralement, obtenir une écriture lisible, rapide et confortable.

Trouvez près de chez vous une graphopédagogue membre de l’association sur la carte du réseau 5E  https://boostetonecriture.fr/reseau-5e/

Comment débuter avec l'orthographe ?

L’intérêt d’écrire c’est de partager, de laisser ses traces mais aussi de communiquer sur des sujets qui nous intéresse. Il est donc important de sélectionner du vocabulaire faisant parti du quotidien et des passions de l’enfant. 

J’ai réalisé un document en ce sens en m’inspirant des termes que ma fille de 6 ans utilisait fréquemment dans ses écrits spontanés ou à l’oral. Ce document, que vous pouvez télécharger gratuitement ici, reste assez personnel. Le vocabulaire a été choisi en fonction du quotidien de ma fille et de ses centres d’intérêts. N’hésitez pas à l’adapter à vos enfants en changeant le vocabulaire de base. Par ailleurs l’écriture spontanée des enfants est l’occasion d’enrichir le vocabulaire. Quoi de mieux qu’un texte écrit de leur propre initiative ? “Maman je tèm”, “tu è la plu bèl”… autant d’occasion à saisir pour lui faire découvrir de nouveaux mots. 

Attention : je ne dis pas de corriger leurs écrits spontanés, surtout pas ! Vous inhiberiez son envie d’écrire et renverriez un message négatif à l’enfant : ton message ne me plaît pas car il est mal écrit. Je vous conseille plutôt de consigner sur un calepin les mots en question afin de lui présenter plus tard. Des mots qu’il ou elle retiendra parce qu’il aura eu envie ou besoin de les écrire.

Comment présenter ce document ?

► Étape 1

Dans un premier temps l’enfant associe un nom à son déterminant puis recherche l’image correspondante. On invite ensuite l’enfant à recopier les mots sur la feuille mise à disposition dans ce document ou sur son cahier.

fiche d'écriture

On lui demande alors de les mémoriser puis de les réécrire sans les regarder. Apprendre les mots 3 par 3 est amplement suffisant. Le jour suivant, avant d’en apprendre 3 nouveaux, il faut vérifier que les précédents mots sont bien acquis en réitérant une petite dictée sur les fiches page 14 et 15. S’ils ne sont pas acquis il est inutile d’en apprendre de nouveau. Contentez-vous de les réviser.

La vidéo ci-contre est un extrait des stories postées sur mon compte Instagram.

Vous pouvez voir comment j’ai procédé avec ma fille. Elle a 6 ans et demi au moment de la vidéo (je donne son âge parce que c’est une question qui revient souvent même si ça n’a aucune importance). À l’école, elle serait sûrement entrée plus tôt dans cet apprentissage, mais à la maison, nous allons à son rythme, et avant… ça n’était pas le bon moment. Comment l’ai-je su ? Parce qu’elle l’a formulé elle-même tout simplement : je n’y arrive pas, c’est trop dur.

Le tout est ensuite d’accepter que ça viendra après et qu’il y a sûrement autre chose à faire pour l’y aider. 

Pour ma fille, ça a été de comprendre que ses doigts et son bras ne devaient pas rester statiques. On s’est entraîné à faire bouger l’index et le pouce, et à faire glisser son bras droit vers la droite.

► Étape 2

Progressivement on introduit des phrases de plus en plus longues tout d’abord avec uniquement les auxiliaires être et avoir puis avec d’autres verbes. Les phrases restent simples et c’est volontaire. Le vocabulaire s’enrichira progressivement. Le but ici est de donner le goût et un sens à l’écriture. 

Conclusion

Au final, bien écrire sans faire d’erreur d’orthographe, fait appel à plusieurs compétences :

  • le geste de l’écriture
  • les différentes graphies d’un même son
  • la mémorisation de l’orthographe des mots
  • la notion de phrases
  • les accords au sein de la phrase
  • la conjugaison

Les enfants dyslexiques et/ou dyspraxiques rencontrent donc double difficultés face à ces apprentissages. Privilégiez de courts ateliers ne dépassant pas 5-10 minutes afin de ne pas provoquer un rejet de l’enfant. Si nécessaire, ne mémoriser qu’un à deux mots en cas de grosse difficulté. Ce qui importe c’est la régularité. Si vous êtes en école à la maison, alors profitez de cet avantage car rappelez-vous que ce qui compte, c’est que l’enfant progresse d’un contrôle à l’autre en se basant sur le socle de compétences. Les enfants ont besoin d’être valorisés et encouragés comme nous !

Voilà, ceci marque la fin de ce long mais riche article. J’espère qu’il vous sera d’une grande utilité. Le document lié à cet article est disponible gratuitement en téléchargement dans la rubrique “documents gratuits”. Si vous appréciez mon travail, alors je n’aurai pas de meilleure rétribution que des partages et des commentaires de votre part. Cet article m’a coûté plus de 30 heures de travail. Je vous suis donc extrêmement reconnaissante pour ces 5 minutes que vous prendrez à me laisser un commentaire ou à me partager dans vos réseaux sociaux.

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8 commentaires pour “L’orthographe commence au CP !

  1. Salam alaikoum

    Mashallah je découvre ton blog qui est juste une mine d or vraiment bravo pour tout le travail accompli et les partages !

  2. Masha Allah! Article très intéressant et complet. Il nous apporte beaucoup de méthode et de soutien. Barakh Allah pour ton travail ma sœur. QuAllah te récompense !

  3. Salamou aleykoum,

    Merci beaucoup pour ce partage et pour votre générosité ! J’ai hâte de l’imprimer pour commencer a travailler l’orthographe avec mon fils.

    Bonne continuation a vous

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