3 grandes étapes pour apprendre à lire

LES NEURONES DE LA LECTURE STANISLAS DEHAENE

D’après le livre de Stanislas Dehaene, la psychologue Uta Frith a proposé en 1985 un modèle sur l’apprentissage de la lecture. Ce modèle est toujours d’actualité et décline l’apprentissage de la lecture en 3 étapes. Les enfants passent en continu d’une étape à l’autre. La durée de ces étapes peut varier de quelques mois à plusieurs années. Chaque enfant ne se développant pas de la même manière, il est totalement contreproductif de comparer les avancée des uns avec les autres.

Dans cet article, nous détaillerons ces trois étapes pour apprendre à lire.

  1. La reconnaissance visuelle et globale des mots
  2. La conscience phonologique
  3. L’étape orthographique

Sommaire de l'article. Cliquez sur la flèche pour l'afficher puis sur les titres.

La reconnaissance visuelle et globale des mots

Selon Uta Frith, la première étape de la lecture survient vers 5-6 ans, mais nous voyons fréquemment des enfants l’avoir bien avant. Cette étape consiste à reconnaître un mot dans sa globalité. Le mot est considéré comme un objet, une entité. Son système visuel essaie de reconnaître des mots tout comme il essaierai de reconnaître un visage ou un objet.

C’est ce qui explique que vous enfants soient capables de reconnaître le mot Mac’Donald sur une affiche ou encore une bouteille de Coca Cola.

Toutefois, cela ne signifie pas pour autant que votre enfant entre en lecture. Le meilleur moyen de le confirmer est de constater qu’il peut confondre le mot Cora-Cuba s’il est écrit avec la même police que le mot de la marque. De même, si vous présenter à votre enfant le mot Mac’Donald écrit en majuscule, il se peut qu’il ne le reconnaisse pas et soit incapable de le lire.

C’est tout à fait normal car il est uniquement dans une reconnaissance visuelle de l’ensemble du mot. C’est ce qu’on appelle la reconnaissance globale. L’enfant à ce stade ne tient pas compte de la composition interne en lettres ni de leur prononciation.

Prendre conscience des phonèmes

Afin d’entrer en lecture, l’enfant doit d’abord prendre conscience qu’un mot est un encodage de sons qui s’associent les uns aux autres. L’étape phonologique apparaît en général vers 6-7 ans mais certains enfants peuvent y accéder bien avant ou bien après. Tout est une question de rythme de l’enfant. Dès lors qu’on rentre dans cette étape, le mot n’est plus traité dans sa globalité. Il comprend que l’association de sons permets de former des mots.

L'alphabet

Les études révèlent que l’apprentissage du nom des lettres apporte peu d’intérêt dans l’acquisition de la lecture voir en est un frein.

En effet, si l’enfant à appris uniquement le nom des lettres, alors le mot “bol” pourra être lu “béoelle” (bé-o-elle). Pour prononcer correctement ce mot, l’enfant doit d’abord connaître le son de chacune des lettres. Puis ensuite être capable de les relier. Cette étape est une véritable révolution mentale au niveau neurologique et peut demander un certain temps. Stanislas Dehaene compare ainsi dans son ouvrage, un phonème à un atome et un mot à une molécule. (Les atomes se combinent entre eux pour former les molécules, voir le livre des atomos pour une explication simplifiée abordable dès 5 ans).

Cette nouvelle compétence s’appelle “la conscience phonémique” ou la “métaphonologie”. En résumé, pour déchiffrer une écriture alphabétique, l’enfant va utiliser ses aires visuelles afin de décomposer le mot en graphèmes (simples puis complexes). Puis ensuite décoder ses graphèmes en sons (c’est à dire en phonèmes).

Nous avons réalisé des vidéos ludiques permettant l’apprentissage des phonèmes simples (composés d’une seule lettre) dès 2-3 ans. Vous pouvez les retrouvez sur cette page : 14 vidéos pour apprendre le son des lettres.

La conscience phonémique

Apprendre le son des lettres n’est pas suffisant pour devenir un bon lecteur. Une des grandes difficultés souvent rencontrée par les enfants dyslexiques est justement la décomposition du mot en phonèmes.

Une boîte de 6 jeux de phonologie est disponible sur le site Mot à Mot pour aider ces enfants en difficulté. Je rédigerai plus tard un article détaillé sur ces jeux afin de les expliquer en détail. La boîte est assez coûteuse (48 €) mais vaut vraiment le détour avec ces 6 jeux autour de la phonologie.

Toutefois voilà 2 activités que vous pouvez faire à l’oral avec vos enfants afin de vérifier si la phonologie leur pose problème.

Jeu du je devine

Choisissez 3 objets dont le nom est composé de 2 à 3 phonèmes et assurez-vous que l’enfant maîtrise parfaitement le vocabulaire.

Exemple : as (pour le son [a]), dé (pour le son [d]), fil (pour le son [f]).

Dites à l’enfant que vous allez lui proposer de jouer à l’inspecteur (ou au jeu du « je devine »). Expliquez-lui que vous allez lui donner des indices. Comme tout inspecteur, il devra découvrir à quel objet du plateau vous faites allusion.

Dans un premier temps, placez les objets un par un devant-lui puis dites-lui : « je pense à un objet. Le nom de cet objet commence par ffff » (ou j’entends le son ffff dans le nom de cet objet). Si tu trouves cet objet, prends-le, et place-le dans la boîte (ou le panier).

Dans un second temps, placez les 3 objets devant-lui (as, dé et fil) et réitérez la question.

Si l’enfant se trompe et prend par exemple l’as au lieu du fil, dites-lui simplement « oui, sur ce plateau il y a bien un as mais moi je pense à un autre objet qui commence par ffffff). Si besoin, renommer tous les objets devant lui.

Au fil du temps, vous pourrez complexifier la tâche en demandant à l’enfant de trouver :

  • des objets dont le nom se termine par llll
  • 2 objets dans la classe commençant par le son mmm
  • 2 objets terminant par le même son …
  • l’objet ou l’on entend le son médial (exemple dans fil, le son « i »)
 
Décompose un mot en son

Énoncez à l’oral un mot puis demandez à l’enfant de le décomposer en son. Exemples :

  • table : [t][a][b][l]
  • bureau : [b][u][r][o]
  • bateau : [b][a][t][o]
  • feutre : [f][e][t][r]
  • ciseau : [s][i][z][o]

Attention de ne pas confondre l’écriture orthographique avec les phonèmes composant le mot. Un mot peut parfaitement avoir 6 lettres mais uniquement 4 sons comme pour le mot bureau. Choisissez des mots simples pour débuter puis peu à peu complexifiez le jeu. Vous pouvez aussi proposer aux enfants un support avec des lettres mobiles pour leur permettre de constituer leur mots en écriture spontanée sans vous préoccuper de l’orthographe de ceux-ci.

Ma fille a mis beaucoup de temps à avoir son déclic. L’exercice suivant lui pose encore problème, mais pas de pression, ça viendra quand elle sera prête. 

Un document gratuit est disponible dans l’onglet “Cours & Outils” du menu du site puis cliquez sur la rubrique “Documents Gratuits“. Sinon, vous pouvez cliquez directement sur l’image ci-dessous.

Les mots transformés

À partir d’un mot, changez un son de celui-ci afin d’en former un nouveau. Je me suis amusée à créer une série de 27 mots en ne changeant à chaque fois qu’un seul son. Prenons un exemple. Le mot château est composé de 4 sons : [ch][a][t][o]. Dites à l’enfant que nous allons transformer ce mot en un nouveau en changeant le son [t] par le son [p].

Cet exercice sollicite à la fois la mémoire de travail et la conscience phonémique. c’est un exercice plutôt difficile qui peut devenir très compliqué pour les dyslexique mais qui est nécessaire pour se évoluer vers une lecture fluide. La difficulté est d’autant plus grande lorsque le son est médial (au milieu du mot).

Remplaçons donc le son [t] par le son [p]. Le mot obtenu est alors [ch][a][p][o] soit un chapeau. Je vous donne ci-dessous une série d’instruction que vous pouvez accompagner d’une image à chaque fois que l’enfant a répondu correctement. Vous pouvez aussi utiliser des jetons lorsqu’il a du mal à faire cet exercice mais surtout pas des lettres car l’exercice perdra alors son intérêt.

phonologie : phonogame

Pour télécharger gratuitement le jeu, rendez-vous dans l’onglet “Cours & Outils” du menu du site puis cliquez sur la rubrique “Documents Gratuits“. Sinon, vous pouvez cliquez directement sur l’image ci-dessous.

Par quoi commencer

Par quoi faut-il commencer ? La conscience phonémique ou l’apprentissage des sons des lettres ? Ce qui revient à poser la question : qui de l’œuf et de la poule est arrivé en premier ! Et bien les avis scientifiques divergent à ce sujet et Stanislas Dehaene préfère avancer que ces deux apprentissages sont au final indissociables. L’auteur dira ainsi : “Au final le meilleur apprentissage phonologique est une interaction réciproque entre le développement des graphèmes et des phonèmes. L’apprentissage des lettres attire l’attention sur les sons, l’analyse des sons affine à son tour la compréhension des lettres et ainsi de suite dans une spirale causale qui fait émerger simultanément le code graphémique et le code phonémique.”

L'étape orthographique

Bon nombre de mots posent problème dans la langue française. Ainsi dans la phrase : “les poules du couvent couvent”, c’est le sens de la phrase ainsi que la maîtrise de l’orthographe et de la conjugaison qui nous permet de la lire correctement. Phrase trouvée sur le compte instagram @apprendreasavoir.

Cette phrase ne peut être lue que si :

  • on sait ce qu’est un couvent
  • la notion de nom et de verbe est comprise
  • on comprend que le sujet est “les poules”
  • la conjugaison du verbe couver est acquise et comprise avec le “nt” muet

À ce stade, la vitesse de lecture de l’enfant ne dépend plus de la longueur du mot mais plutôt de sa fréquence dans la langue. Plus le mot sera rare, plus il sera lu avec difficulté. Dans l’étape précédente, le temps de réponse dépendait du nombre de lettres composant le mot. Plus il était long, plus l’enfant mettait du temps à le décoder. Au fur et à mesure du temps cet effet de longueur s’estompe jusqu’à ce que l’enfant deviennent un lecteur expert.

On comprend donc à cette étape que l’acquisition orthographique permettra une lecture de plus en plus fluide sans aucune hésitation. Ce stock lexical s’étoffera avec les lectures quotidiennes de l’enfant.

Les limites de la vitesse de lecture

Stanislas Dehaene nous explique dans son ouvrage que le traitement de l’écriture commence dans l’œil, plus précisément dans notre rétine grâce à des millions capteurs, des cellulesphoto-réceptrices appelées cônes. Les neurones de la rétine éclatent donc en plusieurs morceaux les mots, ce qui signifie qu’ils doivent ensuite être reconstitués dans le bon ordre avant d’être reconnus ! Cette opération automatisée, dont on n’a même plus conscience à l’âge adulte, est en fait une opération extrêmement complexe. Nous avons donc besoin d’un algorithme de décodage semblable à celui d’un logiciel de reconnaissance des caractères !

Il faut savoir que notre acuité visuelle a des limites et que même pour un œil normal, l’œil possède une limite à distinguer deux entités (comme deux lettres) séparées d’une certaine distance. On parle de pouvoir de séparation de l’œil.

Le nombre de capteurs de notre rétine n’est pas homogène. Il diminue au fur et à mesure qu’on s’éloigne du centre de la rétine appelé fovéa. Seul ce centre permet réellement la distinction des lettres. C’est donc dans le fovéa que cette acuité visuelle est maximale. 

fovéa centre de la rétine

En réalité nos yeux ne perçoivent avec précision que l’endroit où notre regard se fixe. Le pourtour se perd dans un flou progressif. C’est ce qui explique le mouvement de notre oeil qui se déplace d’un bout à l’autre de la ligne pour pouvoir lire des phrases. Nous ne parcourons pas un texte de façon continue mais par saccades (environ 4 à 5 par seconde). Seules 10 à 12 lettres sont identifiées par saccade. Au-delà de cette taille, ce sont les espaces séparant chaque mot qui nous permettent de préparer la prochaine saccade.

Les meilleurs lecteurs peuvent enchaîner 400 à 500 mots par minutes. Et il y a peu de chance qu’ils puissent faire plus de par la limitation constitutionnelle de notre rétine. Ce sont les saccades oculaires qui limitent donc notre vitesse de lecture. En éliminant les saccades, grâce au défilement de mots sur un ordinateur, certains lecteurs ont pu atteindre une vitesse de lecture 4 fois supérieure à la normale !

Aimer lire

La lecture est un formidable moyen au cerveau de se déconnecter du monde réel et de voyager à travers l’imagination. Cet intérêt se développe grandement si l’enfant ne rencontre pas de difficulté particulière face à l’acquisition de la lecture. Ce qui peut se faire si on respecte le rythme de l’enfant. Par ailleurs les lectures quotidiennes et souvent du soir sont un moment de grande complicité avec nos enfants qui laisse un goût agréable de la lecture.

Prendre le parti pris de lire à la place de vos enfants n’est pas un échec, mais une porte de sortie, un élément stimulant qui déclenchera tôt au tard l’envie et le plaisir de lire.

Tout support est le bienvenue, les BD y compris. J’ai été une fervente lectrice de BD ce qui ne m’a aucunement empêchée de lire de nombreux romans dans ma jeunesse et aujourd’hui dans vie d’adulte. J’ai plus de mal à lire des livres à visée éducative (enfin moins d’enthousiasme), mais pour autant j’en lis quand même car j’adore apprendre de nouvelles choses.

Les romans me font voyager et me transportent encore plus qu’un bon film, même si j’aime aussi en regarder. Ce plaisir ressenti est nécessairement partagé et les enfants vous copieront volontiers pour vivre à leur tour le même enthousiasme que vous !

Mes enfants peu lecteurs sont ceux qui ne m’ont pas vue beaucoup lire durant une période de ma vie ou ceux qui ont rencontré d’énorme difficulté face à l’apprentissage de la lecture.

apprendre à lire en IEF

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Car un blog sans commentaire, c'est comme un repas sans sel 😉

Des ouvrages et des vidéos pour aller plus loin

Pour avoir cherché de l’aide dans mes débuts, je sais qu’une formation est plus que bénéfique sur notre bien-être psychologique ! Mais financièrement je n’ai pas pu me le permettre au début. Je n’avais plus mon salaire de prof et rien de côté. J’ai donc passé énormément de temps à me former en autodidacte avant de pouvoir véritablement me former à ces pédagogies. Lorsque je me suis moi-même mise à proposer des formations, j’ai totalement occulté de ma mémoire cette problématique que d’autres parents comme moi pouvaient rencontrer.

Dernièrement j’ai donc décidé de me mettre à la portée de tous en proposant non seulement des ouvrages de formations très complets mais aussi en incluant les vidéos de présentation grâce à des QR-codes que vous pouvez scanner avec votre smartphone. N’importe quelle application gratuite fera l’affaire pour les lire. Avec la marque Apple, l’appareil photo suffit. Ces vidéos faisaient partie de ma formation en ligne qui coûtait de 400 à 800 €

Dans ces ouvrages, on vous guide pas à pas avec une progression correspondant au programme de l’éducation nationale. Ainsi vous restez dans un cadre rassurant tout en vous permettant une certaine liberté pédagogique. Nos ouvrages présentent divers outils pédagogiques vous permettant de présenter des notions abstraites de façon concrète. Ça passe par la pédagogie Montessori, mais pas que !

Regardez ce qu’en disent les anciens membres de la formation :

Vous pouvez retrouver tous nos ouvrages sur la boutique. Il vous suffit de cliquer sur les images ci-dessous pour accéder au descriptif complet et éventuellement les commander.

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4 commentaires pour “3 grandes étapes pour apprendre à lire

  1. Merci beaucoup, comme toujours tu fais un travail rigoureux et précis pour nous compiler et nous rendre accessible à nous les mamans ayant des vies à 200 à l’heure toutes les informations nécessaires pour l’instruction de nos enfants. En ce qui me concerne jai acheté la formation 3-6ans il ya 2 ans maintenant, et je le regrette absolument pas, je suis très satisfaite du contenu (d’ailleurs j’en ai parlé dans mon dernier article sur mon blog). Milles mercis de m’avoir fait sauter le pas de l’IEF, à une époque où je doutais beaucoup

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